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« L’avenir, c'est , maintenant »
Une allocution de Monsieur L. Jacques Ménard, Président, BMO Groupe financier (Québec), Président du conseil de BMO Nesbitt Burns prononcée devant le Cercle Canadien
 

Montréal, QC, le 04 juin 2007
 

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(À vérifier au moment de l’allocution)

Bonjour mesdames et messieurs,

D’abord, merci au Cercle canadien de me donner l’occasion de vous parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Mon sujet, c’est les jeunes. Vaste sujet, vaste programme !

Ce midi, j’aimerais que nous montions tous à bord d’une navette très spéciale qui nous ferait voyager dans le temps. Tout le monde à bord. Mettons le cap sur le Québec de l’an 2025. La technologie aidant, nous voilà déjà arrivés. Nous débarquons à Montréal, une belle ville parmi les plus dynamiques en Amérique du Nord. Une ville propre, où il fait bon vivre. Une ville aux infrastructures efficaces que visitent des délégations du monde entier en s’émerveillant du chemin parcouru en si peu de temps. Une ville dont la population est en croissance, où les jeunes ont accès à des emplois de grande qualité reliés en réseaux aux meilleurs au monde dans les domaines les plus innovateurs. Une ville où la pauvreté est presqu’inexistante. Une ville prospère parce que ses entreprises se sont intégrées aux plus hauts niveaux de la création de la valeur des leaders mondiaux. Montréal, métropole dynamique d’un Québec dont la population est hautement scolarisée, dont les services de santé sont d’une grande efficacité, et où le taux de productivité est tel que deux travailleurs réussissent sans peine à soutenir une personne âgée de 65 ans et plus.

Chimère, diront certains. Non. Moi, je préfère parler d’un grand rêve que nous pouvons, si nous le voulons suffisamment, réaliser tous ensemble. Comment ? En transformant notre rêve en projet. C’est-à-dire ? En nous fixant des objectifs exigeants, mais réalistes. En nous donnant des échéanciers. En n’acceptant pas l’échec. Et surtout, en associant à notre grand projet la génération montante pour laquelle nous allons faire du Québec un vaste chantier ordonné. Bref, cesser d’en parler et passer à l’action avec un plan sérieux.

Première étape dans la réalisation de notre grand projet d’avenir, identifier les vrais défis qu’il va falloir relever collectivement.

J’ai identifié quatre grands défis : la dette et le fardeau fiscal, l’impératif démographique, la productivité et l’éducation. Bien sûr, il y en a d’autres. Mais, ces quatre thèmes nous réservent déjà un vaste programme et ils conditionnent profondément l’avenir de nos jeunes.

D’abord, la dette et le fardeau fiscal.

Selon Pierre Fortin, le Québec occupe le cinquième rang au palmarès des pays les plus endettés de l’OCDE, par rapport au PIB. Seuls le Japon, la Grèce, l’Italie et la Belgique sont plus endettés que nous.

Plutôt que de nous chicaner sur les chiffres, reconnaissons au moins qu’il y a problème. La dette que nous traînons mine notre capacité d’agir. Agir au niveau de l’État, de nos entreprises et même en tant qu’individus. Agir en éducation. Agir en santé. Agir dans le domaine de la politique familiale. Agir pour remettre en ordre nos infrastructures. Agir dans tous domaines qui sous-tendent une société gagnante. Le paiement des intérêts sur notre dette constitue à lui seul le troisième poste de dépenses de l’État québécois, après la santé et l’éducation. Plus de la moitié de ce que nous consacrons à l’éducation s’envole à chaque année en paiement d’intérêts. Appelons les choses par leur nom. La dette, c’est la facture impayée que nous refilerons à nos enfants avant de leur céder la place. Pour l’instant, ça représente tout un trou dans le testament !

Notre fardeau fiscal extrêmement lourd est une des conséquences de notre niveau d’endettement. Parmi les plus lourds en Amérique du Nord, avec un niveau de richesse parmi les plus bas. D’après Alain Dubuc, notre niveau de richesse collective arrive au 54è rang sur 60 états et provinces en Amérique du Nord.

Difficile de croire en la réalisation du rêve que j’évoquais, il y a quelques instants, en traînant une pareille dette ! Si rien ne change rapidement, nous sommes en train de nous préparer un sérieux problème d’équité intergénérationnelle. Nous allons refuser à nos jeunes la possibilité de faire leurs propres choix. Ce serait bien loin de la vision du Québec de l’an 2025 que j’évoquais, d’entrée de jeu.

Deuxièmement, l’impératif démographique.

Nous sommes une des sociétés qui vieillit le plus vite au monde. Ce n’est pas vieillir qui est grave. C’est vieillir sans relève suffisante et sans les moyens nécessaires pour maintenir le niveau de vie auquel nos enfants ont le droit d’avoir accès.

Vieillir veut dire aussi moins de personnes en âge de travailler. Nous sommes actuellement 5 personnes en âge de travailler pour une personne de 65 ans et plus. Vers 2025-2030, ceux qui sont encore sur les bancs de l’école aujourd’hui ne seront plus que deux pour une personne de 65 ans et plus. 25 ans, en termes de démographie, c’est demain matin. Conséquence : moins de personnes pour contribuer au financement des programmes. Éducation, santé, famille, service de la dette et tout le reste. Sans oublier que déjà, plus de quatre contribuables québécois sur 10 ne paient pas d’impôt sur le revenu.

Le fardeau fiscal qui est déjà très lourd pour ceux qui y contribuent sera supporté par de moins en moins de personnes. Ça veut dire qu’en plus de payer des impôts déraisonnables, le pouvoir politique de nos jeunes va diminuer constamment. Donc, de moins en moins d’influence sur les décisions politiques qui les concerneront au premier chef. Sans parler des difficultés prévisibles des caisses de retraite et des pénuries de main-d’œuvre qui commencent déjà à se manifester dans certains secteurs.

Bref, une évolution démographique qui ne sera pas d’un grand support pour rehausser notre niveau de richesse collective. Si nous ne faisons rien pour palier les effets de cette situation, notre grand projet de société pourrait avoir du plomb dans l’aile…

Ce qui m’amène à mon troisième point, notre niveau de productivité.

Quand il y a moins de monde pour travailler, ceux qui travaillent doivent être beaucoup plus productifs pour maintenir le même niveau de vie. À plus forte raison pour le hausser.

Or, la productivité du travail au Québec est inférieure à la productivité canadienne qui est elle-même bien en deçà de la productivité américaine. De 1997 à 2005, le Québec est arrivé à l’avant-dernier rang des provinces canadiennes pour la croissance de sa productivité. Un dixième de point de pourcentage de plus que la dernière province. Donc, nous sommes en retard et, en plus, notre retard s’accentue. Ça aussi, ça fait partie de l’héritage que nous allons laisser à nos jeunes. Là aussi, incompatibilité avec nos grands projets. Il faut passer à l’action.

Or, la voie royale vers la croissance de la productivité, c’est l’éducation. C’est mon quatrième point.

Pour saisir toute l’importance de l’éducation dans la croissance économique, vous n’avez qu’à comparer le classement des pays les plus compétitifs avec la performance de leurs systèmes d’éducation. Les classements du Forum économique mondial pour la compétitivité et de l’OCDE pour la qualité des systèmes d’éducation arrivent aux mêmes résultats. Les pays les plus compétitifs ont les meilleurs systèmes d’éducation et de formation. Tout le monde a compris. Comme le faisait remarquer récemment le journaliste Jeffrey Simpson, ce n’est pas en réduisant nos salaires que nous allons augmenter nos chances de concurrencer les pays en émergence. C’est plutôt en accroissant nos connaissances et nos habiletés que nous y arriverons. C’est en innovant. Or, éducation égale innovation. Plusieurs pays l’ont démontré.

Où en sommes-nous ? Je ne prétends pas résumer notre système d’éducation dans les quelques lignes qui suivent. C’est certain que nous avons à notre actif des réussites très intéressantes. Il ne s’agit pas de le nier. Mais nous ne pouvons pas non plus ignorer certaines réalités moins reluisantes. Par exemple, le fait qu’environ 30 % de nos jeunes n’aient toujours pas de diplôme d’études secondaires à 20 ans. Le fait que plus d’un Québécois francophone sur deux éprouve des problèmes pratiques à lire et à compter. Le fait qu’au niveau collégial, à peine deux cégépiens sur trois obtiennent un diplôme au secteur pré-universitaire et environ un sur deux en obtiennent un au secteur technique. Et cela, même en leur donnant un an de plus que prévu pour faire leur cours ! Le fait qu’à peine 40 % d’une génération obtient un DEC au Québec. Le fait que nos universités soient dramatiquement sous-financées. Le fait qu’en matière de formation au travail, le Québec se situe à l’avant-dernier rang des provinces canadiennes pour la participation à une quelconque activité de formation continue. Encore une fois, je ne condamne pas. Je constate. C’est là que notre rêve coure les plus grands risques de se transformer en cauchemar… Mais, demeurons positifs et ne baissons surtout pas les bras.

* * *

Allons maintenant demander aux principaux intéressés comment ils voient tout ça. Nous avons demandé à CROP de faire un sondage auprès des jeunes québécois âgés de 18 à 34 ans. Je vous fais grâce des détails pour vous amener directement aux grandes conclusions de ce sondage qui répond aux critères les plus rigoureux, dont la marge d’erreur est de 4 %.

D’abord, le travail.

Les jeunes Québécois souhaitent un travail qui leur laisse du temps libre, tout en étant à la fois autonomes et bien encadrés. Ils savent parfaitement ce qu’ils veulent. Ils réclament des défis importants qui feront appel à leur créativité. Les plus jeunes souhaitent travailler avec un grand nombre de personnes qui changent souvent et ils sont ouverts à travailler à l’extérieur du Québec et du Canada. Le travail en réseau les attire particulièrement de préférence à un travail plus casanier.

Surtout chez les plus jeunes, le travail idéal n’exige pas un engagement qui irait au détriment des loisirs, des amis ou de la famille. Même s’ils croient qu’il faut travailler fort pour atteindre leurs objectifs. Un grand nombre de ces jeunes ne se sentent pas limités aux emplois offerts au Québec. Ils sont mobiles et ne craignent pas d’aller travailler ailleurs. Ils témoignent d’une grande confiance en eux-mêmes. La très grande majorité se dit confiante d’obtenir ce qu’ils veulent dans la vie. Donc, nos jeunes cadrent très bien dans notre grand projet d’un Québec dynamique, compétitif, et surtout innovateur.

La solidarité et la responsabilité sociale

La majorité de nos jeunes accordent beaucoup d’importance à la solidarité ainsi qu’à la responsabilité sociale. Près de deux surs trois affirment qu’il n’y a pas d’excuse pour qu’il y ait des gens sans abri et qu’il faut tout faire pour éliminer la pauvreté. Trois sur quatre se disent d’accord pour ne pas acheter de produits ou de services d’une entreprise qui exerce de la discrimination envers ses employés. Les jeunes sont aussi très critiques envers les entreprises. Seulement un sur trois croit que les entreprises essaient vraiment de trouver un équilibre entre profit et intérêt public. Huit sur dix croient que les industries sont en train de tout détruire à la surface de la planète.

Au plan des valeurs, la famille et les amis constituent les grandes priorités pour les jeunes. Le travail et l’argent arrivent à la fin de la liste de leurs priorités. Cela, avec une légère nuance en ce qui concerne les plus jeunes. En effet, les 18-24 ans accordent un peu plus d’importance au travail et à la réussite professionnelle et sociale que l’ensemble des jeunes. Donc, des jeunes dynamiques, prêts à fournir les efforts voulus pour réaliser leurs objectifs, tout en étant socialement responsable et avec un sens éthique élevé. Notre beau projet est entre bonne mains !

Au plan des revenus maintenant.

La majorité des jeunes affirme qu’un revenu annuel avant impôts entre 40 000 $ et 80 000 $ est nécessaire pour répondre à leurs attentes. Un peu plus de un sur dix situe le niveau de revenu nécessaire au-delà de 100 000 $. Les hommes, les 18-24 ans et les Montréalais sont davantage confiants d’atteindre ce niveau de revenu annuel.

Comment comptent-ils y parvenir ? Près de 4 sur 10 croient qu’ils devront étudier davantage. Un peu plus de un sur dix, croit qu’il faudra travailler plus d’heures. Ce sont probablement les plus réalistes. Mais, il en reste près de trois sur dix qui croient y arriver sans prendre de moyens particuliers. Des relents de pensée magique ? Peut-être…

En qui les jeunes placent-ils leur confiance ?

D’abord et avant tout envers les autorités de justice et de sécurité publique. C’est-à-dire, les juges et les policiers. Ils font assez confiance aussi aux groupes environnementaux et, soyons-en fiers, aux chefs d’entreprises. Ils ne font pas confiance aux autorités politisées, c’est-à-dire aux politiciens et aux syndicalistes. Les autorités religieuses n’obtiennent pas non plus un niveau de confiance élevé.

Comment réagissent-ils en regard du vieillissement de la population ?

Les jeunes, particulièrement ceux qui ont des enfants, sont inquiets du vieillissement de la population. Plus des deux tiers jugent cette situation assez ou très inquiétante. Toutefois, un peu plus de la moitié des jeunes croient que les problèmes soulevés sont exagérés. Par ailleurs, les trois quarts d’entre eux croient que le gouvernement du Québec n’aura plus les moyens de fournir les services, particulièrement en santé, et qu’ils devront payer plus d’impôts. Ce à quoi ils s’objectent vivement et cela, en très, très, très grande majorité. Seuls les jeunes aux études et les jeunes à faibles revenus seraient favorables à des hausses d’impôts. En termes clairs, ça veut dire que ceux qui ne paient pas d’impôt voudraient en faire payer encore davantage à ceux qui en paient déjà. Je vous laisse réfléchir là-dessus !

Que pensent nos jeunes de notre modèle de société ?

Nous avons demandé aux jeunes dans quel type de société ils souhaitent vivre, en leur donnant trois choix. Le modèle scandinave, donc des impôts élevés et une large gamme de services publics et gratuits. Le modèle américain, peu d’impôts et peu de services. Le modèle canadien, un niveau d’impôts moyen et une gamme de services publics assez étendue.

Le modèle scandinave a été le moins apprécié. Ce sont les jeunes à faible revenus, ceux qui sont aux études et ceux qui sont nés ailleurs qu’au Canada qui le préfèrent. Les jeunes qui se disent en faveur de ce système le favorisent particulièrement pour les services d’éducation. Ce qui laisse croire que les jeunes pensent que la gratuité scolaire est plus justifiée (service qu’ils utilisent largement) qu’un système de santé gratuit (ce qui n’est pas encore vraiment leur problème). Solidaires, mais quand même forts en calcul !

Le modèle américain est privilégié par les jeunes aux revenus élevés. Il est cependant le moins apprécié pour fournir les services d’éducation. Dans l’ensemble, il ne faut pas attendre des jeunes de grandes remises en question des fondements de notre société. Du moins, aussi longtemps qu’ils paient peu d’impôts. Ensuite, il faudra voir…

Que pensent les jeunes de certains éléments du fonctionnement de notre société ?

Les trois quarts d’entre eux croient qu’il faut réglementer les entreprises dans l’embauche et le congédiement de leurs employés pour que la société fonctionne bien, tout en poursuivant le développement économique. Encore une fois, solidarité, éthique, conscience sociale.

Au plan de l’imposition des entreprises, les opinions sont plus partagées. Deux camps presque d’importance égale. D’une part, ceux qui croient qu’il faut imposer les entreprises le plus possible. Et, d’autre part, ceux qui croient le contraire pour créer davantage de richesses. Élément intéressant, on parle d’imposer les entreprises lorsque celles-ci créent de la richesse et non au moment où elles font des efforts pour en créer. Ce qui est en opposition avec une bonne partie du système fiscal québécois actuel qui impose lourdement la masse salariale et maintient, pour l’instant, une taxe sur le capital. Il y a matière à réflexion là aussi. Les jeunes ont compris qu’il est contreproductif de taxer l’innovation. C’est rassurant !

Qu’en est-il de l’épineuse question des frais de scolarité qui défraie régulièrement la manchette et qui donne l’impression que les jeunes s’opposent en bloc à tout changement dans ce domaine ? Eh bien, certains seront étonnés d’apprendre que 44 % des répondants sont en faveur d’un dégel progressif des frais de scolarité à l’université. Un dégel qui permettrait même d’atteindre la moyenne canadienne sur cinq ans. Nous sommes donc bien loin d’une timide augmentation de 50 $ par trimestre qui génère une forêt de pancartes dès l’apparition du beau temps. L’appui au dégel est davantage le fait des jeunes ayant terminé leurs études, ceux qui ont un revenu supérieur à 40 000 $, qui sont mariés et qui exercent des professions. Il n’en demeure pas moins qu’il est faux de prétendre que l’ensemble des jeunes s’oppose à tout dégel.

Donc, dans l’ensemble, les jeunes Québécois ont un profil, des attentes et des attitudes tout à fait compatibles avec notre grand projet à l’horizon 2025. Leurs réponses au sondage laissent croire qu’ils accepteraient très mal qu’on leur laisse une société économiquement amoindrie, tout en leur demandant de payer nos factures. Ce qui est particulièrement le cas dans le domaine de la santé. Ils se préparent à fonctionner à plein régime dans une société éthique, innovatrice et sans frontière.

Nous avons aussi demandé à la firme Angus-Reid de procéder à un sondage auprès des jeunes dans l’ensemble du Canada sur quelques thèmes que nous avons traités au Québec. Nous voulions vérifier si les jeunes Québécois présentent des différences significatives par rapport aux jeunes Canadiens dans l’ensemble du pays.

Les mêmes valeurs fondamentales ressortent à l’égard du travail, de la famille, des loisirs, du type de société souhaitée. Toutefois, certaines différences importantes sont à noter.

Par exemple, à la question quelles mesures compter vous prendre pour atteindre le niveau de revenu nécessaire pour répondre à vos besoins, ce sont les jeunes Québécois qui sont les moins nombreux à vouloir étudier davantage. Ce sont aussi les jeunes Québécois qui sont les plus nombreux à n’envisager aucun moyen particulier pour atteindre le revenu visé.

Ce sont les jeunes Québécois qui sont les plus inquiets du vieillissement de la population.

Ce sont aussi les jeunes Québécois qui s’opposent en plus grand nombre à des hausses d’impôts éventuelles pour financer les services publics.

Ce sont encore les jeunes Québécois qui sont, et de loin, les plus nombreux à se dire d’accord avec l’intervention de l’entreprise privée dans le domaine de la santé, afin que ceux qui en ont les moyens puissent obtenir les services qu’ils désirent.

Enfin, ce sont les jeunes Québécois qui déclarent en plus grand nombre qu’il faut taxer les entreprises le plus possible. Toutes les différences que je viens d’énumérer sont significatives au plan statistique.

Comment nos jeunes se comparent-ils maintenant avec les jeunes des autres pays développés ?

Règle générale, les jeunes Québécois ne sont pas très différents des jeunes sondés par la firme New Paradigm dans 12 pays, tant en Europe, qu’en Amérique du Nord et du Sud, au Moyen-Orient et en Asie. Le temps me manque ce midi pour vous livrer le détail des constats réalisés à cet égard. Je vous dirai tout simplement que les valeurs qui gravitent autour de thèmes découlant des notions de liberté, d’intégrité, de relations personnelles et de collaboration, d’innovation et de créativité, ainsi que l’aspect ludique du travail recueillent chez nous des résultats similaires à ceux obtenus auprès des jeunes dans les autres pays. Nos jeunes sont au diapason de la jeunesse du monde entier.

* * *

Ces considérations devraient avoir une très grande importance dans la conception des milieux de travail que nos entreprises offriront demain aux jeunes, dont la tranche la moins âgée pourrait s’avérer d’une très grande mobilité, aussi bien sectorielle que géographique. J’aurai l’occasion de communiquer, au cours des mois qui viennent, tous les détails de ces sondages et des analyses en profondeur que nous avons faites pour expliquer les résultats.

* * *

Ce qui m’amène à la dernière partie de mon exposé. Connaissant les grands défis auxquels nous sommes confrontés et ayant une bonne idée de la vision d’avenir de nos jeunes, je vais évoquer maintenant quelques pistes susceptibles de faciliter la réalisation de notre grand rêve d’avenir. Nous sommes capables d’y arriver. J’en suis convaincu. À la condition de ne pas nous illusionner en nous mettant à changer les chaises de place sur le pont du Titanic, pour nous donner bonne conscience. Le temps est à l’action. Pas une minute à perdre.

Premièrement, il faut faire de l’éducation notre priorité absolue. L’éducation, c’est la condition sine qua non pour accroître notre niveau de richesse collective, dans un monde de plus en plus concurrentiel. C’est en misant sur l’éducation que le Québec a fait des bonds prodigieux au sortir de la Grande noirceur. C’est en remettant le focus sur l’éducation que nous rattraperons les retards qui nous pénalisent maintenant. Ce qui signifie un retour, dès le primaire, à des valeurs axées sur le travail et la réussite plutôt que sur le nivellement générateur de médiocrité. Au secondaire, le retour à un environnement propice au travail intellectuel, au dépassement, à la quête du succès. Des services d’orientation dignes de ce nom qui permettent aux jeunes de cheminer en toute connaissance de cause vers l’atteinte d’objectifs qui les incitent à réaliser leur plein potentiel et non à abandonner leurs études à la première difficulté. Au collégial, des institutions axées sur la performance des étudiants et des cheminements éclairés, fondés sur des acquis solides aux étapes antérieures. Des universités décemment financées, incluant une participation appropriés de ceux et celles qui tirent les plus grands bénéfices des études universitaires, c’est-à-dire les étudiants eux-mêmes. D’autres pays ont développé des systèmes d’éducation efficaces. Inspirons-nous de leurs réussites plutôt que d’essayer de réinventer la roue en sacrifiant une génération à chaque réforme qui, trop souvent, ne mène nulle part, en laissant dans son sillage trop de jeunes démunis devant la vie.

Deuxièmement, il faut nous engager tous ensemble dans une vaste campagne de sensibilisation sur les enjeux financiers, fiscaux et démographiques auxquels le Québec est confronté. Dire la vérité, sans détours, en évitant les non-dits, en faisant confiance à la capacité des citoyens de bien jauger l’importance des défis. Tous ensemble, pour moi, ça veut dire bien sûr l’État au premier chef, mais aussi, les chefs d’entreprises, les universitaires et plus largement les intellectuels qui trop souvent sont bien peu loquaces dans nos grands débats. Il faudrait faire valoir aussi les lignes directrices de notre grand rêve d’avenir. Les expliquer à tout le monde. Établir clairement les liens entre l’action à entreprendre, le résultat visé et les retombées pour tout le monde. Sans oublier la participation attendue de tous. Quand les Québécois sont bien informés, ils sont capables de grandes choses. Ils cessent d’être frileux devant le changement. Nous l’avons démontré largement dans le passé.

Troisièmement, mettre en place des conditions propices à la création de la richesse en nous inspirant des réalisations qui ont couronné les efforts d’autres pays. Je pense notamment à l’Irlande et à plusieurs pays d’Europe du nord comme la Finlande, l’Autriche, la Norvège et d’autres. Certaines expériences américaines peuvent aussi nous inspirer. Ouvrir notre économie encore plus largement sur le monde. Faire de l’innovation la marque distinctive de l’économie québécoise. Les jeunes souhaitent faire preuve de créativité, ils veulent s’exprimer au travail, ils ont un sens de l’éthique très élevé. Ils sont prêts à déployer les efforts nécessaires pour réussir. Misons sur ces dispositions. En nous y mettant sérieusement, nous pourrons littéralement dominer le monde. D’autres pays qui n’avaient pas nos ressources sont arrivés à faire un grand bout de chemin sur cette voie.

Quatrièmement, corriger les défauts de notre système fiscal qui frappe présentement l’effort et qui nuit à l’innovation, autant pour les individus que pour les entreprises. Les réactions des jeunes sont prometteuses à cet égard. Plusieurs comprennent déjà que l’entreprise crée la richesse et qu’il ne faut pas freiner ses efforts pour innover, quitte à taxer adéquatement la richesse créée. Ça aussi, ça s’explique clairement. Rien de sorcier là-dedans ! L’élimination annoncée de la taxe sur le capital est encourageante, même s’il reste trois budgets d’ici-là pour changer d’idée, au fil des courants politiques…

Cinquièmement, nous attaquer résolument au remboursement de la dette qui gruge de plus en plus toute marge de manœuvre. Pour ce faire, utiliser notre principale ressource naturelle, l’électricité. Un peu comme les Albertains l’ont fait avec les retombées du pétrole. Même s’il existe des différences entre les deux dossiers. Ce qui veut dire aller bien au-delà de quelques versements tout aussi symboliques que sporadiques dans le Fonds des générations. Les jeunes n’accepteront pas de payer nos factures, sans avoir eux-mêmes accès à des services de qualité. Qui pourrait leur donner tort ?

Sixièmement, créer une réserve pour financer les coûts croissants reliés à la perte d’autonomie d’une population qui vieillit très rapidement. Plusieurs avenues existent. Mais, quel que soit le moyen retenu, régime d’assurance ou autre, ce qui importe c’est de libérer les jeunes d’un fardeau qu’il serait inéquitable de leur imposer. Ça aussi, ils l’ont très bien compris. Si nous n’agissons pas rapidement dans ce domaine, une grave fracture sociale nous guette. Et, les jeunes ne seraient certainement pas à blâmer. N’oublions pas qu’ils sont beaucoup plus mobiles que notre génération ne l’était à leur âge.

Septièmement, accorder une importance particulière à la mise en place des conditions pour assurer une meilleure croissance de notre productivité. Donc, accélérer la déréglementation, mieux intégrer les immigrants qui pourraient contribuer davantage à notre essor économique, accélérer l’adoption des nouvelles technologies, soutenir massivement l’éducation notamment dans les domaines scientifiques et technologiques. Mettre à la disposition de nos jeunes les moyens les plus modernes pour travailler en réseaux et pour se joindre à leurs collègues du monde entier. C’est en empruntant cette voie que nous propulserons nos entreprises aux premiers rangs des leaders mondiaux de l’innovation.

Et huitièmement, renforcer le marché du travail en favorisant une vie de travail plus productive, plus longue et en harmonie avec les valeurs des jeunes. Par exemple, en cessant d’inciter une partie de la main-d’œuvre encore productive à prendre une retraite anticipée, comme c’est le cas maintenant. En mettant en place aussi une politique familiale intégrée qui faciliterait la vie au travail aux membres des familles qui souhaitent avoir des enfants et les élever selon leurs valeurs. Mettre davantage les nouvelles technologies à contribution à cet égard. Le sens de la famille est très présent chez nos jeunes. Ils ne sacrifieront pas leurs enfants et leur couple pour satisfaire à des exigences d’emplois déraisonnables, dans le seul but de progresser professionnellement. Leurs messages en ce sens sont particulièrement clairs.

* * *

Qu’ont en commun les points que je viens d’énumérer ?

Ces points constituent les fondements sur lesquels sont édifiées les sociétés les plus innovatrices. Or, la capacité d’innover est une des conditions essentielles de succès dans le mode actuel et le sera encore plus dans celui de demain. Seule une capacité accrue d’innover nous permettra de créer cette richesse qui nous manque pour nous classer aux premiers rangs du palmarès des sociétés ayant les meilleurs niveaux de vie en Amérique du Nord. C’est aussi une capacité accrue d’innover qui nous permettra d’offrir à nos jeunes les emplois dont ils rêvent. C’est cette capacité d’innover qui nous permettra, étape par étape, de passer du rêve à la réalisation de notre grand projet de société dont nos jeunes seront les premiers bénéficiaires.

Tous ces points ont aussi en commun de miser sur les valeurs, les comportements et les attentes exprimés par nos jeunes, tant à l’égard du travail, de la famille, que de la société qu’ils veulent contribuer à bâtir. En procédant ainsi, nous pourrons compter sur les forces les plus dynamiques de notre société et nous nous donnons les meilleurs moyens de réussir, individuellement et collectivement.

Nous venons de le voir, nos jeunes réclament des objectifs exigeants et des défis ambitieux. Ils veulent utiliser toute leur créativité au travail et ailleurs. Ils sont optimistes et ils ont confiance en leurs moyens. Ils aspirent à des revenus élevés et ils ne doutent pas d’y arriver. Ils souhaitent s’intégrer à des réseaux à l’échelle de la planète et ils sont ouverts aux opportunités qui s’offriront au Québec bien sûr, mais ils ne sont pas sourds à l’appel de l’étranger.

* * *

Le temps me manque ce midi pour élaborer davantage sur autant de sujets aussi importants. Derrière ces suggestions, il y a toute une recherche, de vastes consultations, des expériences multiples dont je ne peux vous entretenir ce midi, sans abuser de votre temps. Mais, l’automne prochain, je publierai un livre qui présentera toutes les analyses qui ont mené à ces orientations, les résultats complets des sondages qui ont été réalisés, une segmentation poussée des résultats, les argumentaires qui sous-tendent les propositions dont je viens de vous faire part et d’autres propositions sur lesquelles nous travaillons dans le but d’améliorer notre capacité d’innover et de créer de la richesse.

Le Québec n’est jamais aussi puissant que lorsqu’il se mobilise vers la réalisation d’un grand projet. Un vrai projet de société. Hé bien, en voilà un ! Un projet qui fait appel à toutes les Québécoises et à tous les Québécois pour préparer un avenir enviable à nos enfants. Existe-t-il plus grande motivation que l’avenir de nos jeunes ?

Je suis bien conscient qu’il s’agit d’un projet ambitieux, d’un très vaste programme. Mais, nos jeunes méritent les meilleures conditions pour réaliser leurs propres rêves. Et, nous allons, tous ensemble, leur donner ces conditions.

Pour nos jeunes, l’avenir, c’est maintenant.

Je vous remercie de votre attention.