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Distingués invités d'honneur,
Mesdames, Messieurs,
Merci, à la communauté d'affaires de Rimouski pour son aimable invitation. Ce midi, j'aborderai trois sujets :
· D'abord, où en sommes-nous par rapport aux autres ?
· Deuxième point : quels sont nos grands défis ?
· Mon troisième point : qui devrait faire quoi ?
· Mon dernier point : les PME, la région, l'apport des partenaires.
Où en sommes-nous ?
En fait, posons-nous les deux questions que vous vous posez à tous les jours, dans votre entreprise. Combien ça coûte ? Ça donne quoi ?
D'abord, combien ça coûte ? Combien ça coûte pour faire tourner notre système, nos écoles, nos hôpitaux, nos services, bref, tout le système public et para public qui encadre notre vie et qui la réglemente.
En gros, le Québécois moyen travaille six mois sur douze pour l'État. Le Britannique, 5 mois. L'Américain, 4 mois. Les dépenses de services publics par habitant, au Québec, sont supérieurs de près de 1500 $ à celles de l'Ontario. Pourtant, la richesse collective de l'Ontario est supérieure à la nôtre de 6500 $ par personne, par année. Une première conclusion indiscutable, notre système coûte cher.
Deuxième question, ça donne quoi ? Trois grands dossiers : l'éducation, la santé, la productivité. Trois dossiers qui influencent directement la capacité de gagner de nos entreprises, ici comme à l'étranger.
D'abord, l'éducation. On dépense en éducation, par rapport à notre PIB, plus que le reste du Canada, que les États-Unis et que la moyenne des pays de l'OCDE. Pourtant, notre taux de diplômation nous relègue au 15è rang de ces pays. Un garçon sur deux n'a pas son diplôme d'études secondaires au bout de cinq ans. Un sur trois ne l'a toujours pas au bout de sept ans. Un sur cinq ne l'obtient jamais. En gros, nous échappons un jeune sur cinq au secondaire. Un sur trois, au collégial. Un sur trois, au premier cycle universitaire. Pas étonnant que nous ayons moins de diplômés universitaires que nos voisins, au bout de la ligne. 18 % de la population québécoise, entre 25 et 64 ans, détient un diplôme universitaire; 21 % en Ontario. 28 % aux États-Unis.
Bien sûr, nous pouvons nous enorgueillir de certains succès. Dans certains domaines, nous faisons partie du peloton de tête. Plusieurs de nos spécialistes sont très recherchés. Certaines de nos institutions de recherche et de formation ont une excellente réputation. Vous en comptez, chez vous, à Rimouski et dans les environs. L'Institut maritime du Québec, qui fête son 60è anniversaire cette année, l'Institut des sciences de la mer qui regroupe une concentration de chercheurs unique dans son domaine et le prestigieux Institut Maurice Lamontagne. On comprend facilement que Rimouski soit désignée comme étant la Technopole maritime du Québec. Sans compter les efforts déployés dans les domaines de la valorisation de la biomasse, les technologies de foresterie, l'environnement et le développement durable. Mais, ces réels succès, dont il faut certainement se réjouir, n'assurent pas, pour autant, un système d'éducation performant à l'échelle du Québec.
Le Québec n'est pas l'Irak, loin de là. Mais tout le monde sait que les investissements publics dans notre système d'éducation post-secondaire ont ralenti au cours des dernières années. Chez nos voisins, c'est le contraire qui s'est passé. Chez nous, ralentissement des investissements, gel des frais de scolarité à l'université, des traditions de mécénat encore bien jeunes. Bref, notre réseau d'enseignement supérieur crie famine. Les recteurs parlent d'un trou de 350 millions $ à combler. Or, les seuls coûts de système risquent d'engloutir la plus grande partie de l'augmentation de 2,7 % annoncée dans le budget pour l'éducation.
Le directeur des HEC rappelait récemment que son institution est la seule en Amérique du Nord à bénéficier de l'agrément des trois grands organismes internationaux les plus réputés en commerce. Les HEC, un de nos joyaux. Un joyaux en danger cependant. Son ratio étudiant par professeur est de 38 pour 1. Les exigences des grands organismes, en bas de 20 pour 1. Danger, là aussi !
L'éducation donc, un premier domaine où nous pouvons nous demander si nous faisons les choses correctement. En avons-nous pour notre argent ? Investissons-nous à la bonne place ?
En éducation supérieure, il faut reconnaître que nous faisons face à un cas de force majeure. Si une action vigoureuse n'est pas entreprise rapidement, le manque à gagner chronique des universités passera de 350 millions $ à un demi milliard $ annuellement, au cours des prochaines années. Les retards causés à notre réseau d'éducation supérieure risqueraient de devenir alors irrécupérables. Devant cette situation d'urgence et malgré la promesse faite par le gouvernement de maintenir le gel des frais de scolarité jusqu'à la fin de son mandat, je crois qu'il y aurait lieu d'ajuster progressivement ces frais. Par exemple, on pourrait permettre aux universités de récupérer graduellement leur manque à gagner à cet égard depuis le début du gel. Par ailleurs, une telle décision ne devrait pas aller de pair avec un désengagement de l'État. Au contraire, une aide accrue devrait alors être accordée aux étudiants qui en ont besoin. La qualité de notre réseau d'éducation supérieure constitue une responsabilité collective devant laquelle nous n'avons pas le droit de nous défiler.
Deuxième secteur, la santé. 42,6 % de nos dépenses de programmes au Québec. Presque 10 % de notre PIB, contre 8,4 % dans l'ensemble des pays de l'OCDE. Nous dépensons plus que le Royaume-Uni, l'Italie, le Japon, la France et bien d'autres. Oui, même la France qui passe pourtant pour avoir un des meilleurs systèmes de santé au monde.
Pourtant, le Québec ne compte que deux médecins pratiquant pour 1000 habitants, contre 2,9 dans l'ensemble des pays de l'OCDE. Écart aussi dans le cas du personnel infirmier. 7,2 infirmières pour 1000 habitants, contre 8,1 ailleurs, en moyenne. On le sait tous, nous accusons des retards importants en équipements de pointe. Le temps d'attente pour consulter un spécialiste a triplé, au Québec, depuis 10 ans. L'OCDE vient tout juste de nous dire que nous gérons mal nos listes d'attente. L'engorgement de nos urgences est devenu chose courante. Dans certaines régions, vous en savez quelque chose, c'est à peu près impossible de trouver un nouveau médecin. Dans le Bas-St-Laurent, vous disposez de 0,85 médecin spécialiste par 1000 habitants, contre 1,02 dans l'ensemble du Québec. Ce qui est déjà très faible en regard des standards internationaux.
Je ne me complais pas à décrier nos problèmes. Je veux seulement souligner que nos services se détériorent, même s'ils nous coûtent de plus en plus cher. C'est pas normal. L'état de nos finances publiques reflète bien sûr cette situation. La dette québécoise per capita bat tous les records au Canada. 12 000 $ par Québécois. 42 % du PIB. 17 % des revenus autonomes du gouvernement du Québec passe au paiement des intérêts sur la dette. Malgré le déficit zéro, la dette québécoise continue de grimper. 16 milliards $ de plus depuis six ans. 115 milliards $ au total, cette année. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il va falloir changer des choses. Que feriez-vous dans votre entreprise si vos coûts montaient en flèche et que le rendement descendait constamment ? Je connais la réponse.
Élargissons encore notre analyse et regardons un troisième grand dossier qui touche vos entreprises directement : la productivité.
Tous s'entendent sur le même constat : la productivité canadienne est faible, notamment, comparée aux États-Unis. Et la productivité du Québec est en bas de la moyenne canadienne. De combien ? Dans le secteur manufacturier, le tiers en bas de la productivité américaine.
Au Québec, la productivité du travail est égale ou supérieure à la moyenne canadienne uniquement dans quatre grands secteurs sur treize. On parle du niveau moyen de production par heure travaillée. Nous sommes forts dans les services publics, c'est-à-dire les télécoms, la production et la distribution d'électricité, etc. Même chose dans l'information, la culture et le loisir. Dans la fabrication, nous dépassons tout juste la moyenne canadienne. Dans l'administration publique, nous sommes sous la moyenne canadienne. Ce n'est pas tout. Les Américains travaillent en moyenne 1900 heures, les Ontariens,1800 et les Québécois, 1600. Quand on travaille moins d'heures que les autres et que notre productivité par heure travaillé est inférieure, notre niveau de vie est menacé. D'ailleurs, notre PIB par habitant est d'environ 6500 $ inférieur à l'Ontario.
Sommes-nous en train de refermer l'écart ? Pour l'ensemble de 2003, la productivité du travail a augmenté d'à peine 0,1 % au Canada, contre 4,5 % aux État-Unis. En 2002, 2,2 % au Canada, contre 4,9 % aux États-Unis. Faut-il rappeler de plus que, dans 25 ans, deux travailleurs québécois soutiendront un retraité. Aujourd'hui, le ratio est de 5 travailleurs pour 1 retraité.
Élargissons encore davantage notre champ d'analyse. Quelles sont les grandes tendances mondiales actuellement ?
Tous les pays industrialisés sont aux prises avec ce qu'on appelle maintenant la « délocalisation » de leur main-d'œuvre. Au profit de pays comme l'Inde, la Chine et même, dans une moindre mesure, certains pays de l'Europe de l'Est. La vague a commencé avec des emplois plus ou moins qualifiés dans la fabrication. Le secteur du vêtement a été un des premiers. L'assemblage a suivi dans des domaines de plus en plus sophistiqués. Aujourd'hui, un pays comme la Chine, par exemple, assemble une proportion énorme des téléviseurs, lecteurs vidéo et CD vendus un peu partout dans le monde. Les Chinois fabriquent des meubles, des équipements de sport, des lits d'hôpitaux, etc. La liste s'allonge constamment. La Chine est devenue la terre de prédilection des investisseurs étrangers. 53 milliards $ d'investissements directs étrangers en Chine en 2002. Premier rang mondial, devant même les États-Unis. Donc, des équipements de très haute qualité, performants, dans des domaines ciblés. On parle d'immenses usines à la fine pointe de la technologie.
La délocalisation des emplois touche également le secteur des services. Des emplois qualifiés, bien rémunérés. D'ici 10 ans, les États-Unis pourraient délocaliser vers les pays asiatiques 3,3 millions d'emplois, uniquement dans le secteur des services.
Allons un instant à Bangalore, la Silicone Valley de l'Inde. Un ingénieur parfaitement bilingue gagne en moyenne 12 000 $ par année, en étant très heureux dans ces conditions. Savez-vous combien l'Inde forme d'ingénieurs par année ? 260 000 … J'ai bien dit 260 000. Silicone Valley, compte maintenant 120 000 ingénieurs contre 150 000 à Bangalore, en Inde.
Quelques exemples. Microsoft va recruter 2 000 développeurs de logiciels en Inde, d'ici la fin de l'année. Des ingénieurs indiens entretiennent et développent les sites interactifs de Lehman Brothers, de Boeing, des Pages Jaunes du téléphone aux États-Unis. Les données individuelles utilisées pour établir les polices d'assurances ou attribuer des crédits par American Express et J.P. Morgan sont traités en Inde. Des dizaines, sinon des centaines d'autres exemples…
Si la Chine est devenue l'atelier du monde, l'Inde est en voie de devenir la destination préférée des grandes firmes de services et de technologie. Et, attention, l'Europe de l'Est s'en vient…
Devant ce portrait inquiétant, mais réaliste, qu'est-ce qu'on fait ? Il ne s'agit certainement pas de paniquer. L'ouverture du commerce a toujours profité aux pays qui ont joué le jeu en développant leurs forces. Alors, quels sont nos défis ?
Au fond, notre grand défi, c'est d'être les meilleurs pendant que d'autres deviennent moins cher. Comment ? Je vois trois grands champs d'action où il va falloir travailler très fort. D'abord, assouplir notre système public et l'adapter aux défis d'aujourd'hui; rehausser la qualité de notre système d'éducation et de formation; et en troisième lieu, améliorer notre productivité. La stratégie : cibler les activités et les secteurs à haute valeur ajoutée en mettant à contribution tous les partenaires, privés comme publics.
Quant à la réorganisation de notre machine étatique, le Québec est présentement à un point tournant. Les paliers de responsabilité sont remis en question, les priorités sont en cause, toutes les façons de faire sont sur la table. Qui devrait faire quoi ? Je pense que le travail devrait être confié à ceux qui sont en mesure de livrer le plus efficacement et au meilleur coût. Privé ou public, c'est un faux débat. D'abord, délimiter les champs d'exercice qui appartiennent par leur nature même à l'État. Au-delà de ces chasses-gardées, que le meilleur gagne. La vraie question c'est : qui peut faire le travail le plus efficacement ? Quelle que soit votre opinion là-dessus, je vous incite fortement à vous engager dans les débats. Prenez la parole. Agissez. Utilisez tous les leviers disponibles. Regroupez-vous au plan sectoriel, au plan régional, envoyez vos organismes d'affaires au front. Dites ce que vous pensez. Demandez des comptes.
Le plus grand danger qui menace de neutraliser le vent de réforme qui souffle sur le Québec, c'est de laisser toute la place à ceux et celles qui sont réfractaires à tout changement. Chambres de commerce, associations d'affaires, regroupements d'entreprises, associations professionnelles, organismes de développement régional, tous doivent prendre part au brassage des idées. Nous avons le devoir de nous exprimer sur la place publique, dans les médias, dans tous les forums disponibles. Personne ne peut traduire mieux que les gens d'affaires les besoins du Québec pour créer la richesse. Ne laissez pas les autres le faire à votre place.
Deuxièmement, nous concentrer dans les secteur et les activités à valeur ajoutée. Plus précisément dans les domaines où notre expertise, nos atouts et notre savoir-faire peuvent faire une différence.
Pour y arriver, il faut innover constamment. Or, l'innovation exige une main-d'œuvre de haute qualité, donc des efforts constants de formation. Une préoccupation de plus en plus présente dans nos entreprises. L'innovation va de pair aussi avec la recherche-développement. Là encore, nous devons redoubler d'efforts en mettant à profit nos centre de recherche et en multipliant les ententes de collaboration entre les entreprises innovatrices. Selon une enquête sur l'innovation réalisée par Industrie Canada, le pourcentage de fabricants innovateurs qui ont conclu des ententes de collaboration dépasse à peine 25 % au Québec, alors qu'il est de 40 % en Ontario et 33 % dans l'ensemble du Canada.
Pour innover, il faut investir. Or, à cet égard, un geste très important pourrait être posé à court terme pour contribuer à relancer l'investissement. Le Québec détient le triste record de la plus forte taxe sur le capital au Canada qui frappe les nouveaux équipements et la machinerie achetée par nos entreprises. Les autres pays du G7 ont compris qu'il est contre productif de taxer l'effort dans le but de créer de la richesse et des emplois. L'abolition pure et simple de cette taxe qui n'a pas sa raison d'être pourrait se faire très rapidement via un amendement au dernier budget. Rien de plus simple. Nul doute que cela favoriserait l'investissement dont nous avons besoin dans nos entreprises.
Par ailleurs, en plus de travailler plus efficacement, il va aussi falloir travailler plus longtemps. Une augmentation de 1,2 heure de travail par semaine et le PIB par Québécois qui est actuellement de 33 000 $ passerait à au-delà de 34 000 $. Ça aussi, ça peut se faire assez rapidement.
Enfin, la création d'une grande valeur ajoutée exige aussi la participation de partenaires d'affaires expérimentés et audacieux. À cet égard, vous le savez, le partenaire financier de votre entreprise revêt une importance capitale. Je me permets de rappeler que BMO Groupe financier a acquis une expérience et une expertise qui font de notre groupe un des plus performants au monde, tant pour soutenir l'innovation que la conquête de nouveaux marchés. Nouveaux marchés autant chez nous au Québec, qu'ailleurs au Canada, où aux États-Unis. Les diverses sociétés qui forment notre groupe offrent toute la gamme des services financiers intégrés, en synergie avec la puissance d'un grand groupe financier. Nos acquisitions aux États-Unis font de BMO le groupe financier canadien le plus important et le plus actif aux États-Unis. Ce qui se traduit pour nos clients par un appui solide à toutes leurs démarches sur des marchés moins connus de la majorité de nos entreprises. Nous accompagnons nos clients dans toutes leurs démarches auprès d'entreprises et de personnes avec lesquelles nous sommes en relations d'affaires depuis longtemps. Des services qui sont particulièrement appréciés des PME.
Un dernier point en terminant, la préparation de la relève dans votre entreprise. Dans les PME, en particulier, c'est la survie même de votre entreprise qui dépend de ceux ou celles qui vous remplaceront demain. Il s'agit d'un ensemble de processus qui demandent du temps, de la réflexion, du recul. Des démarches souvent chargées d'une bonne dose d'émotivité. Surtout quand la relève éventuelle se retrouve au sein de la famille. Dans ce secteur également, BMO a développé une expertise fondée sur près de 100 ans d'expérience. Nous sommes en mesure de vous accompagner et de compléter l'équipe de vos proches conseillers pour réussir ce passage délicat. Qu'il s'agisse d'un transfert intergénérationnel ou d'une vente pure et simple à des personnes extérieures à l'entreprise, notre action pourra vous aider à franchir cette étape cruciale dans les meilleures conditions.
En terminant, je voudrais réitérer ma confiance dans l'avenir de votre région où nous sommes profondément implantés. Je suis persuadé que les efforts de diversification dans les secteurs stratégiques qui font la force de Rimouski et de la région vont porter fruit. Je pense, en autres, au secteur agroalimentaire, à la valorisation de la biomasse, aux technologies appliquées à la foresterie, aux nouvelles technologies de l'information et des communications, sans oublier évidemment toute la richesse concentrée chez vous qui fait de Rimouski la Technopole maritime du Québec.
Je suis convaincu que vous saurez tirer profit des grands réalignements qui secouent le monde au plan économique. Quant à nous, chez BMO Groupe financier, nous sommes très fiers de contribuer aux succès de bon nombre d'entreprises de votre région.
Je vous remercie de votre attention.
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